Confinés ou pas, le stress chronique s’installe

7 mai 2020

DanieleHenkel.tv

Dr Nicolas Chevrier

Psychologue du travail

 

Après plus de six semaines de confinement, il est normal que des manifestations de stress chronique commencent à apparaître. Ces manifestations, même si elles sont normales dans le contexte actuel, doivent quand même être identifiées et mitigées. Voici comment s’y prendre.

Le stress, généré par le confinement, nous a poussés vers certaines adaptations qui sont vitales pour réduire notre niveau de stress.  Elles sont généralement de deux natures:

1. Mettre en place des solutions
2. Accepter la situation

Je peux mettre en place des solutions dans la limite du contrôle que j’ai sur la source de stress. Comme dans cet exemple: Mon garçon de quatre ans a besoin d’un parent pour s’occuper de lui (stresseur important). La solution est de diviser entre les deux parents le temps ou l’on doit prendre soin de l’enfant, maman en matinée et papa en après-midi.

Je peux accepter la situation sur laquelle je n’ai pas de contrôle. Comme dans cet exemple: J’accepte que la solution idéale pour mon garçon de 4 ans, soit le retour à la garderie, ne soit pas possible pour encore quelque temps. 

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Si je n’arrive pas à m’adapter, la réaction de stress va se transformer en une réaction de stress chronique, qui se manifeste lorsque l’exposition à l’agent stresseur persiste et/ou se répète fréquemment. En ce moment, le confinement nous empêche de nous adapter complètement à la situation. Il reste donc, pour plusieurs, un stress résiduel important qui devient chronique. C’est donc la différence entre la garderie ouverte et une demi-journée, il y a adaptation, mais avec un résiduel de stress (l’autre demi-journée de garde) qui devient chronique.

En matière de manifestations de stress chronique, voici les réactions les plus communes :

1. Ressentir de l’anxiété. Cette situation place plusieurs d’entre nous face à un niveau d’anxiété rarement atteint.
2. Irritabilité et impatience. Dans nos relations avec nos proches ou avec nos collègues de travail, par exemple.
3. Problèmes de sommeil. Difficultés à s’endormir ou réveil tôt dans la nuit
4. Tristesse, humeur morose, découragement.
5. Démotivation face au travail et sentiment d’épuisement général
6. Colère importante et difficulté de retenir sa colère dans certaines situations
7. Sentiment d’incompétence face à notre travail ou face à nos responsabilités parentales
8. Difficultés de concentration, sentir que notre mémoire est moins efficace qu’à l’habitude
9. Procrastination. Remettre à plus tard, ce qu’on décide de faire maintenant)
10. Maux d’estomac, maux de dos, problèmes de digestion.
11. Augmentation de la consommation d’alcool, de drogues.
12. Variation dans l’alimentation, que ce soit de nature quantitative (mange plus) et qualitative (mange mal).
13. Retour de certaines manifestations d’un problème de santé mentale antérieur déjà réglé (trouble anxieux, trouble alimentaire, trouble de l’humeur).
13. Baisse importante ou absence de libido.

Bien que normales, ces manifestations de stress chronique doivent quand même être identifiées et neutralisées autant que possible. Bien sûr, il est important que chacun identifie celles qui est propre et établisse une stratégie pour mieux les encadrer.

Une façon de les identifier est de se poser la question: Qu’est-ce qui est nouveau ou qu’est-ce qui est plus fort depuis la dernière semaine?

Je vous propose donc l’exercice suivant pour vous aider à les identifier.

Plus que stressés? Faites l’exercice!

1) Dans la dernière semaine quelles sont les manifestations de stress chronique que j’ai remarqué au quotidien ?

Faites une liste de celles-ci :

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Voici des exemples:

1. Je bois plus d’alcool en semaine que d’habitude (consommation d’alcool)
2. Je me sens plus anxieuse qu’à l’habitude (anxiété)
3. Je me fâche plus souvent après les enfants (moins de patience)
4. J’ai l’impression que le déconfinement n’arrivera jamais (découragement)
5. Je me sens incompétent et pas performant au travail (sentiment d’incompétence)
6. J’ai de la difficulté à m’endormir le soir (insomnie)

2) Quelles sont les interventions que je peux faire pour m’aider à encadrer ces manifestations de stress chronique ?

Faites une liste de celles-ci :

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Voici des exemples:

1. Je remets en place la règle d’abstinence les soirs de semaine (consommation d’alcool)
2. Je recommence à faire de la relaxation, car je sais que cela a été efficace pour moi dans le passé (anxiété)
3. Je tente de me rattraper rapidement quand je sens mon impatience monter (moins de patience)
4. J’accepte que le déconfinement soit long, mais je sais qu’il y aura une fin (découragement)
5. J’en discute avec mon patron (sentiment d’incompétence)
6. Je remets en place ma routine d’hygiène du sommeil (insomnie)

Une fois que que les manifestations sont identifiées, il devient plus facile d’y être sensible et de trouver une façon de les contourner.

▶︎ Pour consulter un psychologue, vous pouvez en faire la demander directement ici ou rejoindre directement le secrétariat de Services Psychologiques Séquoia au (514) 393-0013. Vous serez dirigés vers un psychologue prêt à vous aider.

À propos de l'auteur(e)

Nicolas Chevrier

À propos de Nicolas Chevrier

Psychologue

Le Dr Nicolas Chevrier, psychologue, est titulaire d’une maîtrise en psychologie clinique et d’un doctorat en psychologie du travail et des organisations dans lequel il s’est intéressé aux impacts des facteurs organisationnels sur le développement de l’épuisement professionnel chez les travailleurs.