COOP Couturières Pop: améliorer les conditions de travail grâce au modèle coopératif

Séries: Série Coop

26 août 2020

Elles ont fait les manchettes au début de la pandémie pour avoir contribué à mobiliser une armée de couturières québécoises contre le coronavirus. Cet esprit de guerrière, les membres de la Coop Couturières Pop l’ont développé en composant avec des conditions de travail médiocres. En choisissant le modèle coopératif, ces jeunes entrepreneures redorent le blason de leur profession.

La Coop Couturières Pop est née de la mobilisation de quatre couturières qui souhaitaient rompre avec les mauvaises conditions de travail de leur milieu. «Nous sommes d’anciennes travailleuses d’une même entreprise de confection de vêtements, explique d’emblée la directrice générale et cofondatrice Camille Goyette-Gingras. Nous avons quitté cet emploi avec le sentiment d’avoir été lésées dans nos droits. Je pensais que ce que nous avions vécu était exceptionel, mais je me suis rendu compte que c’était répandu.»

Après cet échec, celle qui avait toujours eu comme objectif de vie de se lancer en affaires songe à ouvrir un atelier de couture. Une amie lui suggère de créer une coopérative. «Je n’y avais même pas pensé, avoue-t-elle. Pour moi, la coop était associée au service de proximité, à la vie de quartier, au café du coin… J’avais probablement peur de ne pas être prise au sérieux. Pourtant, ça correspondait à mes valeurs! ll y a plein d’aspects méconnus sur le modèle coopératif, comme le régime d’investissement coopératif qui est tellement intéressant!»

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Trois membres de la Coop Couturières Pop, Camille Goyette Gingras, Annie Dupont et Raphaëlle Bouthilette-Proulx.
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À un certain moment de la crise de la COVID-19, la Coop Couturières Pop a produit 75 000 masques pour la Ville de Montréal.

Les couturières contre-attaquent

La première coop de couturières au Québec voit le jour le 26 août 2019 sous la forme de coop de travailleuses à but lucratif. Après quelques mois d’activité, la pandémie a frappé.  «Quand j’ai entendu le gouvernement faire un appel aux manufacturiers pour produire du matériel médical, je me suis demandé: où vont-ils trouver des couturières? Il n’y en a plus dans les usines! Nombreuses sont celles qui ne font plus le métier en raison des conditions de travail. Je me suis dit: je vais les rassembler. Je vais faire appel à la nation des couturières! Si j’en réunit 100, ce sera déjà très bien. Nous avons reçu 5400 candidatures.»

Depuis, Camille Goyette-Gingras a certainement le plus grosse base de données de couturières du Québec. «Le fait qu’on soit une coopérative a mis les couturières tout de suite en confiance. Le modèle coopératif est au centre de notre réussite. Les membres sont toutes impliquées dans l’entreprise. Une coop ne peut être vendue, il n’y a que les actifs qui peuvent être redistribués. La direction générale ne peut pas partir en voyage avec les surplus, ceux-ci sont reversés dans la coop ou sous forme de ristournes. Et si la direction ne fait pas l’affaire, ses membres peuvent la changer!»

Non seulement elles ont remis le modèle coopératif au goût du jour en interpellant des couturières de la plus jeune génération, mais elles ont aussi redoré le blason de leur profession. En plein coeur de la crise de la pandémie, les couturières de la coop se faisaient accoster dans la rue comme des rockstars alors que les passants les remerciaient pour leur travail. Le premier ministre François Legault est même venu visiter l’atelier du quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal, en compagnie de la mairesse Valérie Plante.

«Nous sommes fières d’être une coopérative de couturières par et pour des femmes.

Dans notre cas, la pandémie nous aura permis d’améliorer les conditions de nos couturières. C’était l’objectif, mais c’est arrivé plus tôt que prévu. Nous nous sommes toujours assurés de prendre des contrats qu’on était capables de livrer. On en ressort avec une très bonne réputation, de bonnes valeurs et une belle notoriété.»

Au plus fort de la crise de la COVID-19, elles étaient 150 couturières à temps plein et 250 à temps partiel à fabriquer du matériel médical. Maintenant que la situation s’est stabilisée, les membres de la coop s’apprêtent à ouvrir un deuxième atelier dédié à la fabrication d’équipement médical pour Santé Canada. Lorsque le processus d’embauche sera terminé, elles seront 25 membres et employées au total.

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Visite du premier ministre François Legault et de la mairesse Valérie Plante à l'atelier du quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal.

À propos de l'auteur(e)

Mélissa Proulx

À propos de Mélissa Proulx

Éditrice

Mélissa Proulx est une journaliste, chroniqueuse et rédactrice. Elle se consacre avec passion et créativité à l’élaboration de contenus journalistiques riches et variés depuis 2002.