Est-ce que c’est normal, docteur ?

29 septembre 2020

DanieleHenkel.tv

Nicolas Chevrier
Psychologie du travail

 

Le mardi 15 septembre dernier, la température était froide. Assez pour qu’on en déduise que l’été était fini. Pour plusieurs, cela voulait aussi dire la fin des rencontres amicales dans les parcs ou autour d’un BBQ. L’automne arrivait et, avec lui, le confinement naturel dû aux conditions météo.

Je me souviens ce jour-là d’avoir remarqué un changement dans l’humeur des gens. Les clients me demandent s’ils ont besoin d’acheter une lampe pour contrer la dépression saisonnière (réponse courte: non, à moins d’avoir un diagnostic!), si c’est normal d’avoir envie de s’isoler, si ne pas avoir envie de faire certaines choses relève de la paresse ou de la déprime…

Comme je l’ai souvent dit depuis quelques mois, on doit faire attention lorsqu’on se pose la question : « Est-ce que c’est normal… ?». Nous sommes actuellement dans une situation extraordinaire, situation qui provoque également des réactions émotionnelles hors de l’ordinaire. 

Est-ce normal de se sentir un peu déprimé à l’idée de retourner dans une situation où beaucoup de nos plaisirs se sont envolés (arts, culture, sport, gastronomie, fêtes entre amis, etc.) ? Absolument!

Est-ce normal de se sentir irrité par des inconnus qui ne respectent pas les mesures prescrites par le gouvernement ? Absolument!

Est-ce normal d’être en colère contre une situation qui s’étire au-delà de nos espérances (notre patience ?) et qui a un impact sur plusieurs facettes de notre vie ? Absolument!

Une situation anormale provoque des émotions également anormales. Gardons cela en tête. 

Maintenant, au-delà de ce constat, que puis-je faire pour prendre soin de moi ?

Deux choses. D’abord, en restant très sensible à deux attitudes qui peuvent avoir un impact important sur notre humeur: l’apathie et l’anhédonie. L’apathie c’est la difficulté à se mobiliser pour faire des tâches quotidiennes (passer la journée à ne rien faire, par exemple). L’anhédonie, c’est la perte graduelle de ma capacité à bien évaluer le plaisir ressenti (trouver que tout est plate).

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Comment puis-je rester à l’affût de ces deux manifestations ? Lorsque j’ai l’impression de ne pas avoir envie de faire quelques chose qui est déjà planifiée, je ne me fie plus à mon émotion et me force pour effectuer le comportement. Ainsi, si je sens que je n’ai pas envie d’aller courir un matin et que je me sens en forme physiquement, je force la sortie en y allant quand même. Ensuite, à mon retour, je me questionne sur le plaisir ressenti, sur une échelle de 1 à 10, 10 étant l’extase totale et 1 étant une visite chez le dentiste. À combien est-ce que j’évalue le plaisir ressenti avant l’activité et à combien est-ce que j’évalue le plaisir réellement ressenti après l’activité? Si j’évalue ma course à 3/10 et qu’au retour je constate que c’était plutôt un 7/10, c’est une belle victoire qui aura un impact positif sur le reste de ma journée !

Une stratégie payante est de développer une liste des activités qui vous font plaisir et de les saupoudrer dans vos semaines. Peu importe l’activité, lorsque le plaisir et la motivation plongent vers le bas, il devient très important de stimuler la production d’émotions positives. Pour ce faire, avoir une liste sous la main d’une vingtaine de suggestions (regarder un épisode d’une vieille série comique, jouer à un jeu vidéo, aller cueillir des légumes, bricoler, etc.) peut s’avérer fort utile.

Les prochaines semaines seront objectivement difficiles et nous sommes tous encore un peu atteints par le printemps éprouvant que nous avons vécu. Dans un tel contexte, aussi bien être proactif et se préparer à prendre soin de notre moral avant qu’il ne dépérisse trop…

À propos de l'auteur(e)

Nicolas Chevrier

À propos de Nicolas Chevrier

Psychologue

Le Dr Nicolas Chevrier, psychologue, est titulaire d’une maîtrise en psychologie clinique et d’un doctorat en psychologie du travail et des organisations dans lequel il s’est intéressé aux impacts des facteurs organisationnels sur le développement de l’épuisement professionnel chez les travailleurs.