Front commun pour les cabanes à sucre

19 mars 2021

Après une saison 2020 catastrophique, les cabanes à sucre du Québec se sont regroupées et plusieurs entreprises se sont mobilisées. Voici le récit d’un sauvetage collectif pour assurer la survie d’un pan du patrimoine québécois.

Le Québec compte 7 400 producteurs de sirop d’érable. De ce nombre, ils sont seulement 200 à recevoir les clients en salle à manger et à propager le savoir-faire agricole autour du sirop d’érable. Avec la pandémie qui a frappé, le nombre de cabanes à sucre – déjà en déclin – est descendu à 140, selon ce que rapporte Stéphanie Laurin, présidente de la toute nouvelle Association des salles de réception et érablières du Québec. « Au printemps 2020, nous avons dû fermer nos portes à la veille de l’ouverture officielle, rappelle celle qui est aussi en voie de prendre la relève de ses parents au Chalet des Érables situé à Sainte-Anne-des-Plaines.

Au bord du précipice

Une saison de sucres pour nous, c’est un investissement d’environ 300 000$. Devant un calendrier vide et un chiffre d’affaires envolé, j’étais à la recherche de solutions. » La mère de famille a appelé quelques confrères et consœurs du Québec pour constater à quel point ils étaient tous au bord de la faillite. Sans parler du problème criant de manque de relève qui s’est accentué pendant la pandémie: les deux frères de Stéphanie Laurin qui devaient reprendre l’entreprise familiale avec elle ont d’ailleurs quitté le navire au cours des derniers mois.

« Lorsque j’ai voulu cogner aux portes pour de l’aide, j’ai réalisé que, malgré leurs bonnes intentions, les associations existantes (producteurs acéricoles, restaurateurs, UPA) ne représentaient pas notre réalité combinée de producteurs, agriculteurs et restaurateurs, raconte Stéphanie. J’ai donc décidé de créer notre propre association en juillet 2020 afin de nous représenter auprès des instances gouvernementales. Nous avons aussi pris parole dans les médias pour crier notre souffrance, mais personne n’avait une oreille attentive l’été dernier. »

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« Les cabanes sont rarement considérées comme des entreprises. Cette fois, on a bien démontré notre sens de l’entrepreneuriat et prouvé à tous que nous étions capables de nous en sortir. »

Les belles histoires des cabanes en boîte

Un partenaire stratégique

Et pourtant, l’appel a été entendu. Sylvain Arsenault de l’agence de marketing Prospek avait 400 heures d’employés subventionnés en banque qu’il souhaitait consacrer à une cause économique.

« Et dire que j’ai mis à la poubelle la note de le rappeler à deux reprises!, rit de bon cœur Stéphanie Laurin. Je n’avais pas le cœur à me faire solliciter alors que notre entreprise vivait une période sombre. » Et elle ne se laisse pas convaincre facilement. « Il proposait de se lancer à nouveau dans les boîtes-repas, mais l’initiative n’avait pas été rentable pour nous  l’an dernier. Les cabanes sont souvent à une ou deux heures de route des grands centres. Ça fait loin pour aller chercher des bines dans une boîte de carton! »

L’idée d’avoir des points de chute dans des épiceries prend forme… Le lendemain matin, une rencontre avec la maison mère des épiceries Metro était déjà organisée. « Après cinq minutes à leur raconter mon histoire, ils étaient émus. Ils m’ont demandé: “qu’est-ce qu’on peut faire pour aider? On est prêts à mettre nos 200 épiceries de la province à votre disposition.” Et ils l’ont fait bénévolement, pour sauver les cabanes à sucre du Québec! »

Quelques mois pour s’organiser

À l’automne, Stéphanie a donc appelé une à une les 140 cabanes à sucre toujours en activité (et non répertoriées!). « Je me suis fait virer de bord à quelques reprises, notamment par ceux qui croyaient fermement que la saison 2021 allait avoir lieu. Finalement, j’en ai convaincu 75. »

Pour le site web de Ma cabane à la maison, qui devait compter 70 boutiques transactionnelles, Stéphanie a sollicité l’Agence 404 qui a cru au projet et accepté de livrer le site en moins de deux mois, au prix coûtant et avec du financement. L’entreprise Cascades a accepté de les financer pour les boîtes de livraison. Groupe Lacroix a fourni gratuitement un « kit de départ » de contenants aux cabanes à sucre participantes, afin de leur permettre de démarrer. La maison de production montréalaise Soma a produit une publicité télévisée pour une fraction du prix, que Metro a déboursé. Le chanteur Nicolas Boulerice a fait don de sa chanson. Et la cabane à sucre familiale de Stéphanie Laurin est devenue le centre de distribution! « Actuellement, au Chalet des Érables, on ne peut plus marcher! »

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Une réponse exceptionnelle

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Guylaine Tanguay prend part au spectacle virtuel de l'expérience Ma cabane à la maison

Non seulement, tout a été livré à temps pour le lancement, mais l’équipe a même pu offrir à chaque client qui se procurait une boîte Ma cabane à la maison un spectacle virtuel en cadeau, pour rappeler l’ambiance des cabanes dans les chaumières. Les Québécois ont été au rendez-vous et ont montré leur amour sur les réseaux sociaux. En trois semaines, 60 000 boîtes ont été commandées. Un chiffre encourageant, d’autant plus qu’il reste quatre semaines de livraison. « Ma cabane à la maison permettra aux plus grosses cabanes de garder la tête hors de l’eau alors que pour les petites cabanes, cela pourrait être encore plus rentable que l’expérience en salle à manger! », s’enthousiasme Stéphanie Laurin.

« Nous avons sorti la tradition de ses pantoufles, illustre-t-elle. La cabane à sucre coule dans les veines des Québécois. Je pense qu’ils ont réalisé que ça leur appartenait cette culture, cette tradition, peu importe où elle prend vie. Je suis convaincue que l’expérience à la maison va demeurer même après l’ouverture des cabanes à sucre, permettant de manger ces repas plusieurs fois dans la saison! »

La distribution des boîtes de Ma cabane à la maison dans les épiceries Metro se termine le 18 avril, mais le site transactionnel va rester actif par la suite. « Les cabanes proposeront des menus saisonniers », annonce Stéphanie Laurin.

À propos de l'auteur(e)

Mélissa Proulx

À propos de Mélissa Proulx

Éditrice

Mélissa Proulx est une journaliste, chroniqueuse et rédactrice. Elle se consacre avec passion et créativité à l’élaboration de contenus journalistiques riches et variés depuis 2002.