Indira Moudi: la diversité en entreprise est une richesse qui se mesure par le talent

Séries: Diversité et inclusion

28 mai 2021

Bourrée de talents, d’expériences et de diplômes, Indira Moudi est une entrepreneure québécoise et une experte internationale. Invitée par Dorothy Rhau au Salon international de la femme noire, elle s’est entretenue avec nous pour parler de différence et de diversité en entreprise, des thèmes dont elle se fait le porte-voix.

Ingénieure québécoise née d’un père nigérien et d’une mère guyanaise d’origine indienne, Indira Moudi a une volonté de fer qui la pousse à avancer, et se dépasser sans cesse. Véritable femme de tête, elle a su faire sa place. Pendant deux décennies, elle a été à la haute direction de multinationales à travers le monde, dans un domaine typiquement masculin, celui du pétrole. Elle a créé African suppliers, une start-up de conseil et d’expertise en contrôle de qualité, ressources humaines et gestion de projets. Elle est aujourd’hui propriétaire et PDG de Viandes Lafrance, le plus grand abattoir du Québec basé à Shawinigan, une entreprise familiale qu’elle a reprise avec son conjoint il y a dix ans.

Comment faire pour que les entreprises engagent plus de personnes issues de la diversité et ne se contentent pas de l’inscrire comme un pourcentage d’effectifs à atteindre dans leurs politiques de RH?

D’abord, un humain est un humain, peu importe sa provenance ou son genre! C’est une évidence, mais l’ignorance et la peur prennent trop souvent le dessus sur les compétences. Qui plus est, une personne venue d’ailleurs a probablement déjà un parcours intéressant, simplement par le fait qu’elle porte un bagage de cultures et d’idées différentes ou qu’elle ait eu à traverser des épreuves. C’est un(e) employé(e) plus fort(e) et résilient(e). La diversité est une richesse, une pluralité de visions.

Les études et les emplois antérieurement obtenus à l’étranger sont souvent balayés du revers de la main, car ils ne sont ni connus, ni reconnus. C’est une erreur. Je m’explique mal comment, pour le même job en sortant de l’université, on m’ait offert 18 000$ au Québec et 60 000$ en Europe deux mois plus tard? Il faut que les recruteur(euse)s fassent une simple équation mathématique en additionnant les compétences, les expériences, les études, les langues, les emplois et les talents. Il s’agit simplement de mettre des points sur les acquis et employer selon une véritable méritocratie et non pas embaucher un certain pourcentage de personnes issues de la diversité pour avoir une belle photo d’équipe tout en couleurs!

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Vous parlez d’éducation, mais le Québec est souvent décrit comme ouvert et multiculturel. Quel est votre point de vue sur la question?

Le Québec est encore une société jeune. L’histoire, la géographie et la culture générale permettent une réelle ouverture d’esprit sur les différences. Quand un blanc va en Afrique, tous les enfants se pressent autour de lui, lui posent des questions. L’inverse n’est pas vrai. Le roi de la nation arc-en-ciel, Nelson Mandela, a dit que l’éducation était l’arme la plus redoutable pour changer le monde. Et c’est vrai. Je parle ici d’une notion fondamentale et multidimensionnelle, qui concerne autant l’école que les comportements et les attitudes dans la société. Ça prendrait un cours 101 pour mieux comprendre l’autre, ne pas avoir peur de la différence et voir la planète comme la grande maison de l’humain, peu importe où il se trouve.

Que doivent faire alors les personnes de la diversité pour mieux se faire valoir?

La responsabilité est partagée, en effet. C’est un concept très important. Le message que j’enverrais est celui-ci : ne faites pas de gaspillage intellectuel, mettez en avant vos connaissances, osez afficher vos talents! Le changement, c’est un pas à la fois, vers l’avant. Il faut réaliser le potentiel que l’on a pour pouvoir mieux se définir et « se vendre » auprès des employeurs, à sa juste valeur.

There is no passion to be found playing small 

and settling for a life that is less than the one you are capable of living –

Il n’y a pas de passion à jouer petit, à se contenter d’une vie

qui est inférieure à celle que vous êtes capable de vivre – Nelson Mandela

 

Comment reprendre confiance?

Il faut s’avoir s’entourer de gens qui croient en nous, qui comprennent que notre parcours est riche. Ça fait des années que je travaille avec coachs et mentors deux fois par mois pour travailler mon leadership. Je parle cinq langues, j’ai géré des centaines d’employé(e)s à travers le monde et gagné des salaires incommensurables avec des bonus et des billets d’avion payés, j’ai fait tripler des chiffres d’affaires. Partout, j’ai demandé à être formée pour continuer à avancer. M’instruire, rester humble sans avoir peur de dire que je suis une meneuse. Aujourd’hui, mon objectif est de faire grandir les entreprises et les humains qui y interagissent, être responsable, par mon empreinte écologique et en participant à la communauté. Le succès est l’affaire de tous. Il n’y a pas assez de leaders crédibles qui inspirent les jeunes générations. Je suis prête à faire entendre ma voix. Ma conscience est aiguisée et j’ai la responsabilité, le devoir même, de montrer le chemin pour la minorité que je représente.

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Les 5 conseils d’Indira Moudi pour faire briller la diversité

● Comprendre que la diversité est une richesse en passant par l’éducation fondamentale

 

● S’entourer de gens qui comprennent notre parcours et qui voient notre potentiel

 

● Reprendre confiance, se définir et oser se faire valoir tout en célébrant les succès de la diversité

 

● Être accompagné par des coach(e)s, mentor(e)s, mécènes, leaders inspirants

 

● Continuer à se former, travailler son leadership et structurer son succès

Femme phénoménale au #SIFN

La quatrième édition du Salon international de la femme noire, présenté par Audace au féminin, aura lieu du 28 au 30 mai en mode virtuel. Au menu, des panels et des ateliers sur la force de l’impact, la force du pivot, l’écologie inter-sectionnelle, la vision intergénérationnelle de l’engagement social et le racisme. Parmi les invitées d’honneur, mentionnons la présence de Assa Traoré, militante et personnalité de l’année duTime Magazine, Alexandra Bastiany, première femme noire cardiologue d’intervention au Canada, Bernadette Clément, première mairesse noire en Ontario et de Maryse Alcindor, première femme noire sous-ministre dans l’administration publique québécoise. Pour en savoir plus: sifn-montreal.com

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À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de DanieleHenkel.tv en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.