Investissement d’impact : les femmes ont la cote!

Séries: Une fois pour toutes

12 décembre 2019

Créer de l’emploi et de la richesse, oui, mais avoir un impact positif dans son environnement et sa communauté, absolument! Ce désir est au centre des préoccupations des cheffes d’entreprise. Heureusement pour elles, l’oreille est de plus en plus tendue pour les projets à impact social et environnemental. Nous en discutons avec Sévrine Labelle, PDG de Femmessor et Alain-Olivier Desbois, investisseur et conseiller d’entreprises et de fonds d’investissement d’impact.

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«Depuis plusieurs années, de manière très répandue, nous remarquons que la raison d’être des entreprises dirigées par des femmes vise le bien commun, affirme Sévrine Labelle, PDG de Femmessor. Encore récemment, nous nous sommes entretenu avec 100 entrepreneures différentes et c’est ce qui en ressortait : leur principale motivation est de contribuer à changer le monde.»

«Le mouvement d’investissement d’impact est relativement naissant, énonce Alain-Olivier Desbois, président chez Elements Financial. C’est en 2007 que la Fondation Rockerfeller a défini cette terminologie. Au Québec, l’engouement est surtout marqué depuis les deux dernières années. Plusieurs institutions et groupes ont pris la décision d’intégrer ces aspects dans leurs pratiques d’affaires et plusieurs investisseurs ont adapté leur stratégie d’investissement à cette nouvelle réalité.»

Qu’est-ce qu’un investissement d’impact? C’est un placement dans une entreprise, un organisme ou un fonds avec l’intention d’avoir un impact social et environnemental positif et mesurable. «Au départ, il y a toujours une problématique que l’on souhaite régler, qu’elle soit environnementale, sociétale ou sociale et l’entrepreneuriat est le véhicule pour y arriver. Évidemment, le projet doit être rentable», souligne M. Desbois.

Un vent soufflé par la jeune génération
Le constat derrière le mouvement est le suivant : les organisations ne peuvent plus se soucier strictement de leur performance financière, mais évaluer leur performance sur les plans humain et écologique. «Cela inclut comment on se comporte avec ses employés, quel impact l’entreprise a dans sa communauté, précise Mme Labelle. Cette tendance est à grande échelle et est appelée à prendre beaucoup d’ampleur au courant des prochaines années.»

Ces changements sont notamment portés par la jeune génération qui est beaucoup plus exigeante envers les entreprises afin qu’elles soient responsables socialement. Ainsi que largement par les femmes. «Avant, on croyait fermement qu’il y avait toujours un coût de rendement à faire du bien, énonce M. Desbois. C’était le discours traditionnel de la finance. Cette mentalité a changé, car on a réalisé qu’il y avait des opportunités financières à faire le bien, sans que ce soit au détriment du rendement. On a réalisé qu’une planète en santé égale une économie en santé.»

90% des femmes indiquent qu’il est important de tenir compte, dans une stratégie d’investissement, de l’impact social de ses placements.*

Transformer ses pratiques
Pour les entrepreneurs, le mouvement est l’occasion de changer leurs pratiques pour intégrer dans ses objectifs la responsabilité sociale. «La mesure d’impact n’est pas une chose simple, reconnaît M. Desbois. Il y a des méthodologies qui existent qui sont encore imparfaites. Plus nous avancerons dans la recherche sociale et dans les liens de cause à effet, plus on va permettre aux entrepreneurs d’avoir des données fiables. Ceux qui entreprendront ce virage auront une force mobilisatrice et une force d’attraction de la main-d’oeuvre et du talent.»

Plus tôt les entrepreneurs intègreront les mesures d’impact dans leur processus, mieux ce sera, conviennent nos deux interlocuteurs. «Une étude de l’Université Harvard a démontré qu’il était préférable pour les entrepreneurs de mettre de l’avant les retombées sociales et environnementales lorsqu’ils rencontrent des prêteurs», souligne Sévrine Labelle.

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Une force mobilisatrice
Les femmes entrepreneures devraient donc s’en servir comme une force, soutient Mme Labelle qui a entamé un virage en ce sens ces dernières années chez Femmessor. «Lors de notre dernière réflexion stratégique, on s’est posé la question : comment contribuer à répondre aux grands défis qui se dressent devant nous? Nous en sommes venus à la conclusion que nous avions un pouvoir et une responsabilité comme prêteur de sélectionner les entreprises où l’on décide de mettre nos billes. Nous nous sommes donné la mission d’accompagner les entrepreneures dans la réflexion quant à leurs impacts afin de les aider à prendre des décisions en ce sens.»

«Le premier réflexe des entrepreneures est de suivre le modèle masculin. Je pense que c’est une erreur, renchérit M. Desbois. Les femmes n’abordent pas les problématiques de la même façon, elles prennent des décisions d’affaires autrement, elles sont davantage ancrées sur la prise en compte des générations futures, de leur progéniture. Elles devraient s’ancrer dans ce qu’elles sont, avoir confiance et croire en leurs forces.»

*Source: Sondage international du Centre for Talent Innovation

Pour en savoir plus

Femmessor, financement (prêts et capital-actions) et accompagnement pour les femmes entrepreneures

SVX (Social Venture Connexion) est une plateforme d’investissement d’impact pour les entreprises

À propos de l'auteur(e)

Mélissa Proulx

À propos de Mélissa Proulx

Éditrice

Mélissa Proulx est une journaliste, chroniqueuse et rédactrice. Elle se consacre avec passion et créativité à l’élaboration de contenus journalistiques riches et variés depuis 2002.