La COVID-19, les femmes et l’entrepreneuriat

19 mars 2020

Politiques d’intervention afin de protéger et de renforcer les femmes entrepreneures pendant et à la suite de la COVID-19

Les femmes représentent une source essentielle dans la création d’entreprises, le renforcement de l’économie ainsi que dans le soutien aux parents, aux enfants et à la communauté. La crise de la COVID-19 amène son lot de complications à tout bon fonctionnement : fermeture d’entreprises, fermeture d’écoles, télétravail… Plus que jamais, il est primordial de trouver des solutions.

Ainsi, pour l’avancement des femmes entrepreneures du Canada et au bénéfice de l’économie canadienne, un comité d’experts de la Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat s’est réuni et a décidé de suggérer, à nos décideurs publics, une série d’actions à poser.

Face à cette pandémie et pour différents facteurs, les femmes entrepreneures subiront davantage de contrecoups. Selon les statistiques, plusieurs d’entre elles gèrent de petites entreprises, ont accès à moins de capital et œuvrent dans le secteur des services — un des secteurs les plus touchés par les mesures de confinement du coronavirus. Qui plus est, elles doivent à la fois prendre soin des enfants et des aînés à qui l’on recommande de s’isoler.

Par conséquent, la COVID-19 fait courir de grands risques aux femmes en entrepreneuriat. Bien qu’elles ne soient pas les seules personnes touchées par cette crise, le comité d’experts de la Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat presse les politiciens et les dirigeants d’entreprises canadiens à prendre en considération ces circonstances exceptionnelles et la vulnérabilité des femmes entrepreneures. Même une fermeture temporaire ou un ralentissement compromettra la survie de plusieurs PME dirigées par des femmes. Des interventions ciblées sont justifiées.

Le comité d’experts de la Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat presse les législatrices et les législateurs d’agir promptement afin d’octroyer un financement substantiel d’urgence aux femmes entrepreneures, spécialement dans les industries les plus touchées, et en particulier à celles qui sont à la fois aidantes naturelles.

Le comité d’experts de la Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat presse les chefs d’entreprises qui travaillent de près avec les gouvernements d’alléger le fardeau et d’intervenir en temps opportun pour ne pas perdre les gains importants qui ont été réalisés par les femmes entrepreneures au fil des dernières années. La croissance économique en subirait les conséquences.

En foi de quoi, le comité d’experts de la Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat  revendique huit interventions spécifiques pour aider les entreprises appartenant à des femmes, pour surmonter cette période initiale de crise et pour augmenter leurs chances de relance.

Accorder des liquidités à court terme par le biais de prêts à 0 % d’intérêt. Statistiquement, les entreprises appartenant à des femmes sont plus susceptibles d’être de petites entreprises dans les secteurs du détail et des services. Ces entreprises font face à une baisse de revenus inattendue et importante. Un prêt à 0 % d’intérêt accordé par la BDC ou EDC pourrait aider à payer les dépenses à court terme comme le loyer et les services, qui autrement pourraient précipiter ces entreprises dans la faillite.

Accorder de la liquidité à court terme en établissant des calendriers de remboursement créatifs, incluant un délai de remboursement de la dette pour une période d’au moins six mois. Cette mesure serait avantageuse pour les prêts garantis du gouvernement, incluant les prêts provenant du Programme de financement des petites entreprises du Canada, qui constitue la principale ressource pour les industries de service, tels que les restaurants et le détail.

Implanter un congé fiscal. Un autre moyen d’augmenter la liquidité est de retarder la perception de la TVH (et de la TPS au Québec) et des charges sociales pour une durée de six mois. Cette mesure permettrait aux entreprises d’éviter ou de minimiser les mises à pied.

Compensation immédiate pour les aidantes naturelles principales. Plusieurs commissions scolaires ont fermé pour une période indéterminée, et certaines prévoient de demeurer fermées jusqu’à la fin de l’année scolaire. Dans la plupart des cas, ces fermetures signifient qu’au moins un parent (généralement la mère) devra être présent, engendrant une capacité limitée à travailler de la maison. Une compensation pour les aidantes naturelles octroyée par des crédits d’impôt remboursables ou des subventions permettraient aux entrepreneures de gérer le double quart et d’embaucher du personnel de soutien si nécessaire.

Investissement d’urgence dans les programmes à l’enfance et aux aînés. Avec la fermeture des écoles et la capacité du système de santé, la pression se fait principalement ressentir sur les aidantes naturelles. Un investissement important dans des programmes sécuritaires et sans risque est essentiel à court et moyen terme.

Geler les paiements de loyer et financiers pour une durée de six mois, en particulier dans les secteurs les plus touchés par les restrictions de la COVID-19, comme les services, le voyage et le divertissement. Apporter des allègements fiscaux ou autres mesures incitatives aux banques et aux propriétaires selon le besoin.

Étendre les programmes d’approvisionnement des PME à tous les niveaux gouvernementaux. Obtenir un contrat important contribue grandement à fournir un fonds de roulement pour les petites entreprises. Or, les entrepreneures n’obtiennent pas leurs justes parts. Les programmes d’approvisionnement doivent être adaptés de toute urgence afin de prioriser les PME, incluant les quotas pour les entreprises appartenant à des femmes, et fournir des mesures incitatives pour que les grandes compagnies et les petites entreprises puissent soumettre des offres conjointes.

Faire de la santé mentale une priorité. Selon l’Association canadienne pour la santé mentale, les femmes entrepreneures en démarrage et en croissance avec peu d’employés ou de faibles revenus sont plus susceptibles de souffrir de troubles de santé mentale. Ces états seront sans aucun doute aggravés par l’anxiété et la peur du futur découlant de la COVID-19. Une aide à la santé mentale et au bien-être est essentielle.

Les membres du comité d’experts de la Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat constatent que tous les Canadiens ressentent cette crise. Elles sont d’ailleurs particulièrement reconnaissantes du devoir accompli par les travailleurs de la santé et des services d’urgence qui mettent leurs vies en suspens et à risque.

En conclusion, elles souhaitent que les gouvernements et les dirigeants d’entreprises répondent par des actions rapides qui aideront la population à se relever, plus forte et encore plus unie, de cette crise sans précédent.

Membres du comité d’experts de la Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat

Danièle Henkel, coprésidente (Québec)

Laura McGee, coprésidente (Ontario)

Shauna Harper (Colombie-Britannique)

Virginia McGowan (Île-du-Prince-Édouard)

Maudeleine Myrthil (Québec)

Shannon Pestun (Alberta)

Sharon Zohar (Ontario)

À propos de l'auteur(e)

Daniele Henkel

À propos de Daniele Henkel

Présidente

Danièle Henkel est une femme d’affaires, de cœur et de tête ayant su imposer sa marque, tant personnelle qu’entrepreneuriale, au Québec. Ses entreprises éponymes ont contribué à paver la voie du mieux-être et à positionner «beauté en toute vérité» au rang de nouvelle norme sociale dans le monde des affaires.