La crise comme tremplin pour solidifier son entreprise

8 janvier 2021

Cofondateur du groupe français INEAT implanté à Montréal depuis 2018, Yves Delnatte dirige la filière du Canada et a un œil sur ses six agences en Europe et son antenne à Shanghai. Il nous révèle les secrets qu’il a amassés autour du monde pour qu’une entreprise réussisse dans le contexte actuel et sorte de la crise avec brio. Sa vision tourne autour de quatre axes : savoir pivoter, créer des alliances, se rapprocher de son équipe, et donner un sens à ce que l’on fait.

1- SAVOIR PIVOTER
Savoir pivoter est dans l’ADN d’une start-up. INEAT, une société qui accompagne les entreprises dans leur processus de transformation numérique, se targue de ce titre malgré ses 14 ans d’existence. Comment se fait-il? Yves Delnatte explique: « Il est impératif de repenser son modèle d’affaires continuellement. C’est ce qui fait que nous restons une start-up. Il faut sans cesse se poser des questions, même après 20 ou 30 ans. À l’inverse, une entreprise qui ne se demande pas ce qu’elle va faire face aux changements inéluctables, ne se réinventera pas, et va forcément péricliter dans le temps ».

Pivoter, c’est adopter de nouvelles stratégies d’affaires tout en conservant sa vision. Si tel est le mot d’ordre actuel, quand et comment s’y prendre? La crise force la réponse: elle pousse immanquablement à se positionner.  Mais l’improvisation n’est pas forcément de mise. C’est l’ouverture permanente de Yves Delnatte à innover qui lui confère une compréhension lucide de la situation et lui permet l’agilité et la réactivité nécessaires. « Une crise génère au départ une phase de panique, qui après se stabilise. On trouve des idées, on s’organise ». Son rôle comme président de la communauté French Tech à Montréal et sa présence en Chine, qui aurait selon lui trois mois d’avance sur le Québec, lui ont aussi servi d’indicateurs.

Avec la perspective nécessaire pour analyser le changement, repérer les opportunités et s’adapter pour offrir des solutions arrimées aux besoins qui émergeaient, le chef d’entreprise a pu amorcer un virage réfléchi. « Les start-ups qui s’en sont le mieux sorties sont celles qui ont su créer de nouvelles choses, qui ont su répondre à de nouveaux besoins, qui ont su être efficaces, et qui ont su créer d’autres possibilités pour leurs clients.».

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2- CRÉER DES ALLIANCES
INEAT vient de se faire acheter par le géant Astek le 17 décembre 2020, une acquisition souhaitée par le plus petit des deux. Ce faisant, le cofondateur d’INEAT met en application un principe que la crise, selon lui, conforte: l’importance de s’unir pour être plus fort. « Avant, je disais souvent qu’il fallait grandir avant de grossir. Maintenant, j’ajouterais qu’il faut se rapprocher de plus gros joueurs pour réussir. Être seul en affaires quand on est plus petit va être de plus en plus difficile à l’avenir ». Dans un monde incertain, savoir se préparer en nouant des alliances fortes, avec des partenaires reconnus et stables, devient partie prenante de la stratégie de l’entreprise. « À ce moment-ci, on n’a pas forcément envie de rencontrer de nouveaux fournisseurs, plus petits, avec moins d’expérience ou de réseaux. On a envie de faire affaires avec des plus grands, qui ont les reins solides et sont déjà bien établis ».

«Il faut créer des alliances pour pouvoir se diversifier en partageant de nouveaux secteurs pour ne plus dépendre seulement d’une activité », poursuit M. Delnatte. S’allier avec des entreprises de compétences complémentaires permet indubitablement de devenir plus solide dans son domaine d’activité. L’avantage concurrentiel et les bénéfices de synergie sont évidents. « On est 300 salariés, donc on n’est ni gros ni petit, mais le fait est qu’on n’a pas l’effet de masse que pourraient atteindre certains grands groupes qui vont vouloir encore plus qu’avant faire des économies d’échelle ». Les rapprochements permettent de profiter de la capacité financière de l’un et des réseaux de l’autre pour pouvoir se déployer mutuellement, élargir et diversifier ses activités et son portefeuille de clients.

3- SE RAPPROCHER DE SON ÉQUIPE
Se rapprocher les uns des autres, autant entre entreprises qu’auprès de ses propres employés, est essentiel pour Yves Delnatte afin de se constituer une entreprise solide. « Faire un esprit de corps avec ses salariés, c’est ce qu’il y a de plus important », assure celui qui a reçu les certifications BonBoss.ca, Greatplacetowork et Happyatwork 2019 et 2020.  La performance est une affaire de réussite collective,  surtout à distance, affirme le patron qui parle de l’importance de « garder un contact constant, de communiquer, voire même trop ». Manager de cœur, il assume humblement son rôle de chef d’orchestre comme il se décrit lui-même, ou d’entraîneur d’équipe. Il croit en la pluralité des talents qu’il a recrutés, et notamment en leur capacité à évoluer de façon autonome et solidaire à la fois.

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Son leadership passe par l’empowerment et par une confiance absolue en une équipe unie et engagée. « Chacun participe, c’est la solidarité. Ils nous font confiance, et on leur fait confiance. Les employés qui auront été fidèles pendant la crise se souviendront longtemps que les employeurs auront été présents avec eux afin de trouver des solutions collectivement ». Au lendemain des épreuves, il est convaincu que ce type de management aura l’effet escompté. « Si on leur dit après qu’il faudra faire des choix pour aller plus loin ou plus vite, on pourra se fier à eux, parce qu’on aura traversé la crise ensemble. Je pense qu’il y aura une reprise qui sera différente : ceux qui auront su accompagner et être proches de leurs salariés tireront leur épingle du jeu ».

4- DONNER UN SENS À CE QU’ON FAIT

Développer des solutions face aux nouveaux besoins des clients sur un marché mouvant pose des défis d’adaptation et d’innovation, mais permet aussi de créer de la valeur, de donner un sens à ce que l’entreprise fait. Yves Delnatte constate que les projets en santé, le savoir-être, le bien-être, la clean-tech en général, sont plus porteurs de sens en ce moment qu’une application de géolocalisation, par exemple.

Leader humain, logique et posé, Yves Delnatte est peut-être aussi un équilibriste qui s’essaie à la sagesse en entreprise : il avance sur le chemin de la réussite au carrefour de la pertinence et de l’authenticité. « Pour chaque nouveau projet, les entreprises vont maintenant chercher le sens. On ne va pas développer un projet pour le plaisir, le profit ou pour attirer de nouveaux clients. Je pense qu’à l’avenir, il faudra chaque fois donner du sens à ce que l’on fait, à nos clients et à nos employés. Les valeurs humaines et sociales seront au cœur du business ».

À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de DanieleHenkel.tv en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.