La folie des startups

11 juillet 2019

Le mot «startup» est sur toutes les lèvres dans le milieu entrepreneurial, spécialement cette semaine alors que le Startupfest bat son plein au Parc Jean-Drapeau. Nous avons profité de notre présence pour poser quelques questions à Marwan Elfitesse, directeur start-ups de Station F, véritable campus et plus grande pépinière de jeunes pousses au monde.

Les startups sont très à la mode en ce moment et pourtant, 90% d’entre elles échouent. Sommes-nous en train d’en faire une maladie? Les jeunes pousses «poussent» comme champignons sans qu’il n’y ait pour autant l’écosystème pour les soutenir… N’est-ce pas de la folie?

Tout dépend où l’on regarde. Il y a certainement des endroits dans le monde qui sont allés trop vite par rapport à leur écosystème et qui n’avaient pas encore la maturité pour absorber tout ça. En France, la Station F est arrivée au bon moment avec son ouverture en 2017. On l’aurait fait 10 ans plus tôt que ça n’aurait pas fonctionné de la même manière. Trouver le bon moment est donc essentiel. Ensuite, il y a toute la question générationnelle. La moyenne d’âge chez nous est de 30 ans. La plupart ont été cadres dans des grandes entreprises avant de leur tourner le dos, car ils ne s’y reconnaissent plus.

Le monde entrepreneurial est devenu un mode d’expression. Pour s’exprimer aujourd’hui, on peut créer une association, un site de partage d’information ou une entreprise. Il y a d’ailleurs beaucoup de startups à Station F qui sont des hybrides entre la startup et une organisation non-gouvernementale. Je pense à Konexio qui offre des classes numériques à des populations réfugiées en France. Il y a aussi MeetMyMama qui regroupe des mamas marocaines, afghanes, indiennes qui ont un savoir exceptionnel, notamment en cuisine. Elles sont donc rémunérées pour assurer un service de traiteur pour grandes entreprises.

DanieleHenkel.tv

Tout le monde recherche la recette de ce que fait une startup à succès. Quelle est celle de Station F? 

Premièrement, nous n’avons jamais la prétention de dire que celles qu’on ne sélectionne pas ne réussiront pas. C’est important de le souligner, car on se base sur un dossier pour faire le tri. On s’est aussi dit avant l’ouverture que seuls, on arriverait à rien. On a donc créé des programmes de toute pièce, mais on a aussi été en chercher chez des partenaires comme Microsoft, Facebook ou Ubisoft. Dans le même lieu, on a donc des spécialistes d’IA, de jeux vidéos, de données, de cybersécurité et chaque catégorie de programme a un réseau que l’autre n’a pas. Nos partenaires choisissent leurs propres startups, mais doivent aussi donner des ateliers pour l’ensemble d’entre elles. Notre recette, c’est de se dire : aucune équipe ne sait tout. Il faut qu’on soit accompagnés des meilleurs et qu’on les ai au même endroit.

Si vous n’aviez qu’une startup à nommer qui représente bien Station F, ce serait laquelle?

Il n’y a pas un profil type mais nous avons publié il y a deux semaines les 30 meilleures startups qui ont 30 profils entrepreneuriaux différents. Parmi celles qui se différencient vraiment, il y a notre programme Fighters qui consiste à accompagner des entrepreneurs qui ne correspondent pas à l’archétype. Souvent, ils n’ont pas fait des études et n’ont pas côtoyé des réseaux d’influence. On sélectionne entre 10 et 15 startups qui peuvent bénéficier gratuitement de Station F pendant un an. On les mélange avec les autres programmes. Ils sont encore très jeunes par rapport à d’autres, mais ont des projets qu’on n’aurait pas ailleurs. Ils ont d’autres idées, un autre vécu qui se transposent dans le projet qu’ils portent.

Je pense à Fofana Tally qui a fait deux ans de prison pour vol de voiture. Quand il est sorti, il s’est dit : j’ai des compétences que je dois utiliser différemment. Il a donc développé un périphérique antivol de voiture. Son entreprise s’appelle DigiTall Paris et il est à l’étape de constituer son équipe et de trouver le financement.

En étant aux premières loges des entreprises de demain, vous avez certainement une idée des grandes tendances qui marqueront le milieu entrepreneurial dans le futur. Quelles sont-elles?

Il y a notamment plusieurs entrepreneurs qui s’attaquent à des secteurs anciens, plus traditionnels. Je pense aux secteurs des funérailles ou de l’assurance notamment. La startup WiLov, par exemple, révolutionne l’assurance automobile en suggérant de payer seulement lorsque vous conduisez et non pas à l’année.

Il y a des entreprises qui s’attaquent à la collecte massive de données. Dit comme ça, ça fait peur, mais on a ce qu’on appelle des «scrapers positifs» qui prennent de la donnée partout et en font un service hyper positif pour les consommateurs. Je pense à cozycozy.com, un comparateur de prix fondé par des entrepreneurs en série qui permet de trouver les meilleures occasions de locations pour les vacances.

Il y en a d’autres qui s’attaquent aux grands groupes en ce qui a trait à leur transformation numérique. Comment on transforme la vente, la culture au niveau des ressources humaines ou du marketing? Il y a aussi beaucoup de startups du bien-être, un phénomène de « happy tech ».

Il y a ceux qui génèrent des réseaux positifs. On parle souvent des effets néfastes des réseaux comme Snapchat ou Instagram. Plusieurs travaillent sur la création du meilleur réseau, du meilleur environnement. Je pense à Colonies qui transforme la manière de vivre en ville. Résider à Paris peut être très solitaire et inabordable. Avec ce service, il est possible de vivre dans un lieu partagé avec d’autres utilisateurs et avoir un phénomène de réseau.

Dernière tendance : des startups qui brouillent les frontières entre le numérique et le réel. Mimesys permet de faire des téléconférence en réalité mixte avec des hologrammes. Autrement dit, leur technologie permet de voir votre collaborateur qui est à distance en hologramme. Et c’est une startup qui vient d’être rachetée par l’entreprise floridienne Magic Leap.

À propos de l'auteur(e)

Mélissa Proulx

À propos de Mélissa Proulx

Éditrice

Mélissa Proulx est une journaliste, chroniqueuse et rédactrice. Elle se consacre avec passion et créativité à l’élaboration de contenus journalistiques riches et variés depuis 2002.