Mandy’s: les soeurs salade

Séries: Fratrie

13 mars 2020

Il y a de ces relations fraternelles qui propulsent les plus beaux projets entrepreneuriaux. Dans la série Fratrie, nous retrouvons des frères et des soeurs qui font équipe pour créer, croître et redonner. Comment ce lien fraternel se traduit-il dans les affaires?

Le rendez-vous est fixé au restaurant Mandy’s de Westmount pour rencontrer les soeurs Wolfe, à la tête de la chaîne de comptoirs. L’une est fougueuse et aventurière. L’autre est sage et réfléchie. Toutes deux se complètent merveilleusement bien et terminent les phrases l’une de l’autre. Discussion libre plantée dans leur décor, pendant que le dernier-né dort dans son landau. Rencontre avec deux mères, soeurs, entrepreneures.

Comment le projet des restaurants Mandy’s a-t-il pris forme?

Mandy : Rebecca est revenue de New York en 2003 en me disant à quel point elle avait été inspirée par les comptoirs à salade qu’elle avait fréquentés. Elle m’a demandé si je souhaitais en ouvrir un avec elle. Elle s’occuperait de l’aménagement intérieur et je créerais le menu et les recettes. J’ai répondu: certainement et on s’est presque immédiatement mis au travail.

Rebecca : On ne se doutait pas à l’époque que ça allait devenir un gagne-pain viable ou un projet à long terme. L’idée était amusante et le projet a grandi organiquement de lui-même. Sans qu’on ait eu une vision claire dès le premier jour…

Mandy : …ou un plan d’affaires sur 5 ou 10 ans.

Mandy Wolfe
Rebecca Wolfe

ÂMES SOEURS

Avez-vous fait l’objet de préjugés en tant que sœurs, que femmes à la tête d’une entreprise?

Mandy : Certaines personnes ont douté de nous et de la pérennité du projet. Parfois, il y avait cette perception : comme c’est mignon, deux sœurs qui ont un comptoir à salade. Ça fait un peu “comptoir de petits gâteaux”. Mais une fois que les gens ont découvert le projet légitime que l’on bâtissait, le nombre de personnes que l’on employait et notre contribution à l’économie québécoise, on nous a accordé plus de crédibilité et d’amour.

Pourriez-vous décrire votre relation entre soeurs?

Mandy : Rebecca est la plus aventureuse de nous deux. Elle est colorée et fougueuse. Le décor des restaurants reflète bien sa personnalité. Elle a toujours été une inspiration pour moi pour me montrer plus audacieuse et essayer de nouvelles choses.

Rebecca : Mandy est mon aînée de cinq ans. Elle a toujours été protectrice, bienveillante et aimante. Nous avons été élevés avec les mêmes valeurs et cela se traduit dans nos prises de décision, car nous avons une confiance absolue envers l’autre. Nous savons que chaque décision est prise avec la bonne intention.

LA FAMILLE

Quelles sont-elles ces valeurs?

Mandy : La famille, d’abord. Ensuite, la loyauté, l’honnêteté, le respect, la bonne éthique de travail. Les enfants sont la priorité. Lorsqu’on a lancé notre entreprise, nous n’étions pas mamans. Maintenant, à deux, nous avons sept enfants.

Rebecca : La compassion en est une autre. Quand on me demande ce qui différencie une entreprise à propriété féminine en 2020, je réponds que ces éléments de compassion, de bienveillance et d’amour sont très présents. Et qu’un plus grand nombre d’entreprises devraient être dirigées ainsi.

Deux soeurs à la tête d’une entreprise, cela fait-il forcément une entreprise à échelle humaine et familiale?

Mandy : Absolument. Nous formons une grande famille avec nos employés. On tente de leur offrir du confort, de l’empowerment, de la confiance et un environnement sécurisant, comme dans une famille saine. On souhaite qu’ils sachent que nous avons leurs intérêts à coeur.

 

LES DÉFIS

Avec l’entreprise qui grandit, cette dynamique familiale est-elle difficile à maintenir?

Rebecca : Assurément. Mandy et moi aimons faire plaisir. On répond presque toujours oui. Lorsqu’on avait que quelques employés à gérer, ça allait. Peu importe ce qu’ils nous demandaient, de l’augmentation de salaire aux vacances prolongées en famille, c’était toujours oui. Maintenant que la compagnie a grandi, on a dû implanter des politiques pour la gestion des employés. Ça a été une adaptation difficile pour Mandy et moi, mais c’était devenu inévitable.

Mandy : Lorsqu’on a ouvert nos premiers restaurants en 2015, on connaissait le nom de chaque employé, leur domaine d’étude jusqu’au nom de leur animal de compagnie! Tous les partys de Noël se faisaient chez Becca. Maintenant, nous avons 350 employés et c’est difficile de garder une proximité avec chacun d’eux. Lorsque tu passes de travailler dans la compagnie à travailler sur la compagnie, le défi est de trouver des gestionnaires de confiance qui seront tout aussi dévouées et engagées que l’équipe fondatrice.

Les premiers temps, je travaillais dans la cuisine à faire les vinaigrettes. C’était très intense et très long. On a dû engager plus de monde parce que ça devenait intenable. Aujourd’hui, la frénésie de la cuisine me manque, être recouverte d’avocat et de vinaigrette avec la laitue qui revole dans les airs… J’ai tenté d’y retourner, mais j’étais juste dans leurs jambes. Nos équipes sont tellement bien rodées que j’étais une nuisance (rires). – Mandy Wolfe

LES FLEURS

Comment vous aidez-vous mutuellement à être une meilleure personne?

Mandy : Elle me pousse à toujours faire mieux. Rebecca a cette aura. Dans plusieurs situations, je me pose la question : Que ferait Rebecca? Parce que je sais qu’elle le ferait bien. Elle fait toujours les choses correctement, jusqu’au bout, sans jamais tourner les coins ronds. Elle est très positive, cherche les bons côtés à chaque chose et se concentre sur ceux-ci.

Rebecca : Mandy est la personne la plus spirituelle, ouverte d’esprit et éclairée que je connaisse. Elle travaille constamment sur elle-même et conséquemment, a un impact positif sur toutes les personnes qui l’entourent. Je me tourne vers elle pour apprendre toutes les façons de m’élever et de m’améliorer. Elle est très sensible, compréhensive et à l’écoute. Un jour, c’est sûr qu’elle écrira un livre sur comment faire pour rendre le monde meilleur.

Après ouvert leur huitième restaurant à Laval, les soeurs Wolfe partent maintenant à la conquête de Toronto. En mai, elles feront paraître leur premier livre de recettes. Au cours des prochaines années, elles aimeraient continuer à partager l’expérience Mandy’s à travers le Canada et même dans certaines villes américaines.

À propos de l'auteur(e)

Mélissa Proulx

À propos de Mélissa Proulx

Éditrice

Mélissa Proulx est une journaliste, chroniqueuse et rédactrice. Elle se consacre avec passion et créativité à l’élaboration de contenus journalistiques riches et variés depuis 2002.