Ouvrir une librairie en plein confinement et chouchouter ses clients

4 février 2021

Si la culture a récemment souffert des multiples restrictions imposées par la crise, le milieu du livre, lui, fait paradoxalement exception. Les librairies, pourtant des commerces de détail, ont en général prospéré. Voici le portrait heureux de la nouvelle librairie indépendante, Appalaches.

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© Caroline Fontaine, lecentro.co

Sylvain Descours a eu l’audace d’ouvrir ses portes en pleine pandémie, à la mi-octobre 2020, avec l’épée de Damoclès juste au-dessus de la tête. Il faut croire que le projet était mûr. « C’est un rêve de longue date, caressé et poli. J’étais plus que prêt, et j’ai fait mes devoirs », souligne avec sérieux le propriétaire et libraire. « J’ai sollicité des auteurs locaux comme David Goudreault ou Mathieu K. Blais, qui ont à cœur le rayonnement des librairies indépendantes et qui connaissent le marché. Et pour prendre le pouls, j’ai approché Littérature et autres niaiseries », un regroupement hétéroclite représentatif de la scène culturelle locale. Un bon son de cloche pour évaluer le potentiel du marché, qui a permis de confirmer que Sherbrooke, une ville jeune à la personnalité généreuse, était prête à accueillir sur son artère principale une librairie générale et indépendante. « Elle était attendue, souligne Sylvain. À l’ouverture, les médias étaient au rendez-vous, puis le bouche-à-oreille a fait son œuvre. On a pu miser sur un gros capital de sympathie ».

« Se faire rencontrer des gens et des livres »

Avec David Lessard-Gagnon, libraire, ils ont déjà instauré une belle relation avec leur clientèle. « C’est important pour nous de mettre de l’avant notre expertise », précise Sylvain. « Être à l’écoute des lecteurs, de nos clients, est au cœur de notre métier ». L’inventaire est soigneusement choisi. « On fait la promotion des grands titres et des nouveautés comme toutes les librairies bien sûr, mais on aime particulièrement partager et promouvoir les ouvrages qui passent quelquefois inaperçus et qui méritent d’être lus. On fait notre travail de recherche. C’est notre signature », souligne-t-il. Une belle relation de complicité mutuelle s’est établie: « on se nourrit des découvertes de nos clients. Il arrive qu’on aille au-delà des commandes spécifiques, pour que la librairie puisse aussi avoir sur ses tablettes plusieurs exemplaires d’un ouvrage qui a touché un de nos clients, pour en faire profiter plus de monde ».

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Sylvain Descours, © Caroline Fontaine, lecentro.co
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© Caroline Fontaine, lecentro.co

Un lieu culturel unique 

Sans publicité ni même site internet, le petit commerce a réussi à attirer la clientèle locale en un temps record. Essentiel entre deux confinements d’ailleurs. David Lessard explique: « une librairie est un milieu de vie qui porte une mixité de mandats. C’est un commerce, mais aussi un vecteur culturel et même humain, car elle se veut un lieu de rencontres ». En faire un endroit vivant et convivial, un ingrédient clé qui fait de la librairie Appalaches ce qu’elle est: un lieu d’échange où bouquiner prend tout son sens, cocooning inclus, avec les salles d’essayage converties en coins lecture. Lancements de livres, vernissages, programmations culturelles, conférences y ont leur place, avec les présentoirs et les étagères pensés sur roulettes.

Compter sur la vague d’achat local 

Si avec les restrictions, fouiner, échanger, faire des séances de dédicaces, sont vite devenus impensables, les entrepreneurs ont gardé espoir. La promotion en faveur de l’achat local a insufflé une belle motivation pour encourager la librairie de quartier. Les commandes n’ont presque pas dérougi. « Tant qu’on pouvait rester ouverts, et même à guichet restreint, les clients ont continué de venir. Et même au ralenti depuis janvier, ça se poursuit ». Bon gré, mal gré, les libraires ne ménagent pas leurs efforts pour aller vers leur clientèle. Cueillette des commandes prépayées à la porte ou, en dehors des heures, au café du coin, livraison gratuite le jeudi (dans un rayon limité), coups de cœur presque quotidiens partagés sur la page Facebook, et service personnalisé au téléphone.

« Le confinement, un terreau fertile pour les librairies »

La chaîne du livre, des éditeurs aux distributeurs, en passant par les imprimeurs jusqu’aux bibliothécaires, a certes été ébranlée par la crise. Mais avec le divertissement annulé, repoussé ou relégué au numérique, le livre est resté une valeur refuge sûre, selon l’Association des librairies du Québec. Finalement, les ventes des librairies indépendantes sont meilleures que l’année dernière, selon la Société de gestion de la Banque des titres de langue francophone. Plusieurs ont pu miser sur les ventes en ligne via le site Les libraires (que Appalaches compte rejoindre prochainement). Ceux qui, comme nos deux libraires, ont trouvé des moyens pour que le livre ne prenne pas la poussière en ces temps de confinement, sont parvenus à le rescaper de la pandémie.

À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de DanieleHenkel.tv en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.