Pénurie de main-d’œuvre aux Îles de la Madeleine | « Il n’y aura pas de miracle, mais on propose des solutions »

2 septembre 2021

À l’instar de plusieurs régions du Québec, les Îles de la Madeleine sont affectées par cette pénurie de main-d’œuvre. Or, dans ce petit paradis flottant au milieu du golfe Saint-Laurent, les conséquences du manque de travailleurs sont exacerbées : isolement, petitesse de la population, achalandage touristique concentré en été, vieillissement aigu de ses habitants…. Rencontre avec deux acteurs importants du milieu économique madelinot qui proposent des solutions pour soutenir les entrepreneurs.

Plus que jamais, les Madelinots parlent de cette pénurie de main-d’œuvre, qui affecte les services offerts par les commerces : heures d’ouverture réduites, défis de production, épuisement des troupes, rivalité entre les entrepreneurs pour acquérir des travailleurs, etc. Certains restaurants ont dû carrément fermer leur porte pour une période indéterminée.

Un récent sondage interne de la Chambre de commerce des Îles démontre que les entreprises locales sont très affectées : près de 80 % des répondants déclarent manquer d’employés. En fait, seulement 22 % d’entre eux ont une équipe complète ; 60 % disposent d’au moins les deux tiers des travailleurs nécessaires, tandis que 16 % doivent combler le tiers de leur équipe ou plus.

Une stratégie territoriale

«Pour lutter contre la pénurie, on s’est doté d’une stratégie territoriale (dès 2014), qui s’appelle Horizon 2025, explique le maire des Îles de la Madeleine, Jonathan Lapierre. C’est un outil de gestion qui permet de mieux anticiper le problème auquel on va être confronté dans le futur. À cause des courbes de décroissance démographique, on prévoyait des difficultés dans le monde du travail.

«On veut présenter l’endroit comme une destination de choix pour y vivre et y travailler. Il faut miser sur la qualité et le dynamisme du milieu de vie, tout comme les opportunités d’affaires. On veut démarquer les Îles du reste du Québec.

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On encourage l’innovation chez les entrepreneurs et souhaite  accompagner des gens d’affaires désirant développer de nouvelles entreprises, dont certaines spécialisées en produits du terroir, comme un vignoble ou encore la fromagerie Les biquettes à l’air. Je pense aussi aux commerces de détail, aux usines de transformation de poisson, au Réseau des artisans, et à OSM Atlantique

Emploi Québec estime que 1500 emplois permanents (selon une consultation menée en 2019) seront à combler au cours des trois prochaines années.

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« Revoir leur façon de faire les choses »

«Pour une population de 12 775 habitants, c’est énorme, de lancer le maire. On parle d’emplois dans plusieurs secteurs prisés. des restaurants et des commerces de détail ont dû modifier de manière importante leurs heures d’ouverture ou leur prestation de services. Bien entendu, la COVID-19 n’a pas aidé non plus. Je dois préciser que l’économie locale est très saisonnière, mais le manque de main-d’œuvre touche aussi des emplois permanents. La pénurie est multifactorielle.

«On ne pourra pas tout régler. Je pense que les employeurs devront revoir leur façon de faire les choses de manière permanente. De plus en plus, les usines de transformation se dirigent vers la robotique, la mécanisation des chaînes de transformation. D’autres changements associés au service devront être abordés, comme les travailleurs migrants.»

Selon Jonathan Lapierre, les solutions miracles n’existent pas. Cela dit, quelques outils sont déjà utilisés. Par exemple, un portail web (etsilesiles.ca) est mis à la disposition des employeurs madelinots et des travailleurs de partout afin que l’information pertinente circule. «Cet outil internet est en quelque sorte une marque de commerce des Îles de la Madeleine. C’est un outil de marketing territorial. Le résultat est positif, mais il faudra prochainement le quantifier. […] Au début de l’année, on a aussi tenu un salon de l’emploi virtuel. C’était une première tentative. Évidemment, des entreprises des Îles participaient à cet événement qui proposait des conférences et des ateliers. Il permettait aussi des entretiens exclusifs entre employeurs et personnes cherchant du travail. Je sais que des participants ont poursuivi leurs démarches par la suite. On a également fait des placements marketing. Par exemple, la série télé Le Grand Move, diffusée à Noovo. Bref, c’est un début de processus.»

De l’aide pour les entrepreneurs

Le gouvernement fédéral effectue actuellement une consultation publique à propos d’une réforme de l’assurance-emploi. Il y a d’ailleurs un front commun chez les employeurs à ce sujet. Visiblement, ils ont besoin d’un gros coup de main. « On ne demande pas à Ottawa d’abolir les prestations de l’assurance-emploi, puisqu’une partie de l’économie des Îles de la Madeleine en est dépendante. Mais on veut une réforme. » Cette affirmation est confirmée par Antonin Valiquette, directeur général de la Chambre de commerce des Îles de la Madeleine. «L’économie de l’archipel repose sur des industries saisonnières. Il faut arriver à harmoniser les critères et les conditions de l’assurance-emploi à la réalité de pénurie de main-d’œuvre en offrant des incitatifs au travail, sans pour autant concentrer et déplacer le manque d’employés dans nos secteurs névralgiques saisonniers de la pêche et du tourisme».

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«Ce n’est pas normal qu’il y ait environ 13 % de chômage alors que l’économie des Îles traverse une grave crise de pénurie de main-d’œuvre…»  de dire M. Valiquette. La Chambre de commerce des Îles recommande par ailleurs au gouvernement d’offrir davantage d’incitatifs aux retraités à propos d’un retour sur le marché du travail.

Quant aux outils concrets, «la Chambre de commerce des Îles propose entre autres des services d’accompagnement RH (ressources humaines) aux entrepreneurs afin d’optimiser la rétention de leur personnel. Elle favorise aussi l’accès de ses membres à un programme d’assurance collective conçu pour les PME, afin de rendre leurs emplois plus attractifs. La Chambre peut aussi permettre l’accès à d’autres programmes ou formations sur la gestion du capital humain. Mentionnons le stage en entreprise.»

Au dire d’Antonin Valiquette, la Chambre propose aussi le partage d’employés entre entreprises ou la mécanisation dans certaines compagnies.

«Allons-nous régler la pénurie de la main-d’œuvre demain matin ? Non. C’est un problème profond qui touche bien des sphères de la société. Mais, j’ai confiance au fort esprit entrepreneurial des Madelinots. […] Ceux-ci doivent lutter contre chaque facteur un à la fois, y compris la crise du logement, qui affecte aussi beaucoup la recherche de main-d’œuvre aux Îles de la Madeleine.»

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Jean-François Cyr

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