Pourquoi tout le monde innove sauf moi?

14 mars 2019

DanieleHenkel.tv

Claude Auchu
Expériences de marque

 

Les entreprises doivent innover. Près de 90 % des cadres à l’échelle mondiale le pensent, mais la majorité d’entre eux considèrent que les solutions qui leur sont proposées manquent d’ambition. 

«Pourquoi tout le monde innove sauf moi?» est un questionnement qui interpelle bon nombre d’entrepreneurs, souvent aux commandes de moyennes ou de grandes entreprises. Ceux-ci tentent souvent de mettre leurs projets d’innovation à exécution à l’interne sans que rien voie le jour pour autant. Comment l’expliquer?

À mon avis, il existe plusieurs raisons pour lesquelles l’innovation n’aboutit finalement jamais:

1. Ne pas prévoir en amont

L’innovation ne fait pas partie des plans stratégiques de l’entreprise, car elle n’a jamais été nécessaire jusqu’à maintenant. Par conséquent, l’organisation n’a pas de budget alloué à l’innovation.

3. Manquer d’empathie

L’ego peut prendre le dessus sur le bien collectif. Dans tout le processus de réflexion et d’idéation, on doit mettre notre égo personnel de côté pour se mettre à la place de l’autre et ainsi, assurer le succès de la démarche. Il faut penser aux utilisateurs, et non à bien paraître.

2. Ne pas savoir comment s’y prendre

La réflexion se fait de manière « insulaire » et homogène entre équipiers. La méthodologie est absente ou manque de rigueur, et le choc des talents ou d’expertises différentes est peu considéré.

4. Manquer de pertinence

C’est la principale raison pour laquelle une solution innovante meurt, car elle ne crée tout simplement pas de valeur. On pense aux serrures d’auto à numéros (qui gèlent en hiver et qui sont moins facilement utilisables que le déverrouillage automatique), aux fameux Segway (ces transporteurs électriques monoplaces, qui ne comblaient pas un réel besoin pour le prix vendu) et à plusieurs autres exemples encore.

5. Sous-estimer le temps de préparation

Celui-ci est essentiel pour analyser correctement les motivations et les irritants d’un groupe cible ou d’un utilisateur. Une bonne préparation permet en outre d’éviter de tomber dans le panneau des fausses bonnes idées innovantes, non appuyées par des données pertinentes et quantitatives.

6. Sous-évaluer la chaîne de valeurs et les ressources de l’organisation

Les départements au sein de l’entreprise ne sont pas toujours adaptés pour travailler en mode innovation. Les opérations, la production et les finances n’ont parfois pas les coudées franches pour exiger des changements dans les façons de faire à l’interne. Ces vieilles habitudes, qui nous font parfois répondre « Je l’ai toujours fait comme ça », tuent instantanément l’innovation.

7. Voir l’innovation comme une dépense ou comme un exercice de réduction de coûts

Elle devrait plutôt être considérée comme un investissement créateur de valeur pour l’avenir. Les organisations tendent malheureusement trop facilement à s’handicaper d’une vision à court terme (que j’appelle la « myopie corporative »), nocive pour l’innovation.

8. Penser qu’une innovation est nécessairement technologique

Elle peut l’être parfois, mais pas toujours. L’exemple de Chalk Soap, qui a remporté les honneurs au Festival de créativité de Cannes en 2018, est un excellent exemple. Les plus grandes innovations sont souvent très simples et d’une pertinence criante. La marque indienne Savlon l’a bien compris.

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La croissance comme référence économique mondiale est compromise par plusieurs facteurs comme la baisse de productivité, la pénurie de main-d’œuvre et l’inégalité sociale. C’est pourquoi je suis persuadé que l’innovation ne doit pas exclusivement être pensée pour produire et vendre plus. De nos jours, elle doit aussi améliorer une expérience. De cette façon, elle aura davantage de valeur aux yeux des entreprises et de leur clientèle et parfois, de la société en général. Notre projet Au cœur de toi, pour l’organisme Enfants transgenres Canada, est un bon exemple: inventer de toutes pièces un outil pédagogique pour arrêter la transphobie, avant qu’elle ne commence.

De plus, si on veut rendre l’innovation davantage pertinente au 21e siècle, il faut innover de manière responsable, c’est-à-dire sans utiliser de matières premières neuves et sans polluer en produisant, en consommant ainsi qu’en disposant. Il faut cesser le « kill, take, make, waste », car seulement 6 % des matières achetées et consommées sont recyclées en nouveaux produits. Les entreprises n’ont plus le choix aujourd’hui d’être authentiquement plus responsables, au point de s’allier avec des concurrents pour porter le même message. Prenons simplement l’exemple de McDonald’s et Starbucks qui s’allient pour repenser les tasses à café recyclables et compostables (à lire dans Fast Company [en anglais]).

L’innovation sera de plus en plus essentielle pour les dirigeants et les entrepreneurs afin d’enrichir les expériences humaines, mais aussi assurer la pertinence et la pérennité des organisations.

Alors, avez-vous les capacités pour bien innover ?

Une réelle innovation permet de créer de la valeur : pour l’humain, en améliorant une expérience, et pour une entreprise, en générant de la croissance et en assurant une pérennité.

 

Regardez le portrait vidéo de Claude Auchu.

À propos de l'auteur(e)

Claude Auchu

À propos de Claude Auchu

Associé et chef de la direction, lg2

Claude est un entrepreneur fougueux et un leader courageux, engagé et rassembleur qui fait l’unanimité au sein de son équipe, auprès des clients et de l’industrie. À la barre de la vision d’avenir de lg2, il est à concrétiser les grandes ambitions d’expansion de l’agence, tout en appuyant les présidents des 3 bureaux de lg2 à Toronto, Montréal et Québec.