Restez branchés, débranchez!

27 novembre 2018

Le droit à la déconnexion

Savez-vous ce qui est vraiment branché en ce moment chez les employeurs? Permettre à ses employés de tirer la plug! La France et la Belgique ont pris les devants et ont légiféré ce droit à la déconnexion. Ailleurs en Europe, l’entreprise allemande Volkswagen débranche carrément ses serveurs de courriels les soirs et weekends. Mais pourquoi devrions-nous réglementer la vie des travailleurs jusque dans leur vie personnelle?

C’est la question que se pose Catherine Privé, conseillère en ressources humaines agréée (CHRA) et présidente et chef de la direction d’Alia Conseil. « Je suis pour le principe, mais contre le droit à la déconnexion sous forme de loi, affirme-t-elle sans détour. Je n’aime pas l’idée que les gouvernements interviennent dans nos entreprises. Si on est obligés de passer une loi, c’est que nous avons échoué sur le plan collectif et organisationnel. »

Responsabilité partagée

En l’absence d’une loi québécoise ou canadienne*, certains employeurs ont instauré de mesures pour favoriser le débranchement numérique. C’est le cas notamment de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour et sa politique de droit à la déconnexion pour ses employés et ses cadres.

« Une politique unique, c’est comme la police, tranche Mme Privé. C’est restrictif, punitif et inflexible. Je préférerais que nos gestionnaires se responsabilisent, qu’ils rencontrent leurs équipes pour revoir l’organisation du travail et définir des balises pour éclairer des façons de faire. Qu’ils misent sur la responsabilisation à la fois individuelle et organisationnelle pour rester équilibrés et connectés. »

Selon l’experte, les gestionnaires devraient être évalués quant à la santé de leur équipe, non pas seulement sur l’aspect de la performance, mais aussi de la qualité de vie. « Plutôt que de parler de politique et de règlements, pourquoi ne pas faire de la sensibilisation et de la promotion de la conciliation travail et vie personnelle? ».

De nos jours, nous traînons le bureau dans notre poche. Il y a tout ce phénomène de FOMO (Fear of missing out), la peur de manquer quelque chose, qui fait en sorte qu’individuellement, on ressent l’urgence de répondre à nos messages et appels en tout temps. Certaines entreprises entretiennent cette culture d’urgence et perdent en efficacité organisationnelle. – Catherine Privé, CRHA

Bienveillance

Être en mesure d’entretenir une discussion franche et ouverte avec ses employés au sujet de la déconnexion, c’est l’approche que la chef d’entreprise a privilégiée avec ses équipes. « Il faut être bienveillant envers nos employés, les sensibiliser à l’impact de cette hyperconnectivé, de cette disponibilité illimitée et surtout donner l’exemple! », insiste-t-elle.

Dans sa vie personnelle, Catherine Privé qui est aussi psychosociologue, procède périodiquement à un sevrage technologique à son chalet de chasse et pêche: « Au bout de trois jours sans réseau ni téléviseur, je suis capable de lire un article scientifique du début à la fin, chose que je n’arrive pas toujours à faire dans le tourbillon des courriels et des sonneries. On souffre collectivement de lassitude cognitive, observe-t-elle. On est fatigués dans la tête. Pour moi, la déconnexion dépasse largement le monde du travail et relève de la responsabilité collective et individuelle. »

Comme parents, employeurs, citoyens, sommes-nous conscients de l’importance d’avoir de saines habitudes de vie (sport, amitié, rencontres, entraide, famille, repos, etc.) pour évoluer en santé dans ce monde hyperconnecté?, questionne-t-elle en guise de conclusion.

*En mars 2018, Gabriel Nadeau-Dubois de Québec solidaire a présenté un projet de loi sur la déconnexion qui est mort au feuilleton au terme de l’exercice législatif de juin 2018. Le gouvernement fédéral a aussi montré un intérêt pour la question en août 2018 par l’entremise d’un sondage en vue de la refonte du Code canadien du travail d’Emploi et Développement Social Canada.

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CATHERINE PRIVÉ

CRHA, présidente et chef de la direction de Alia Conseil, psychosociologue se spécialisant dans l’analyse et le développement des organisations.

Son inspiration: Simone de Beauvoir
Son style de leadership: Partagé (le leadership et les ressources de l’ensemble du groupe sont mis à contribution pour la réalisation d’un objectif commun)
Sa philosophie: Placer les gens dans leurs talents
Son outil indispensable: La respiration

 

Alia Conseil, firme spécialisée en formation et développement organisationnel
Fondation: 1998
Siège social: Montréal
Nombre d’employés: 60
Chiffre d’affaires: N/A
Axes de services: développement du leadership, formation et développement des compétences, santé organisationnelle

DanieleHenkel.tv

À propos de l'auteur(e)

Mélissa Proulx

À propos de Mélissa Proulx

Éditrice

Mélissa Proulx est une journaliste, chroniqueuse et rédactrice. Elle se consacre avec passion et créativité à l’élaboration de contenus journalistiques riches et variés depuis 2002.