Retour à la vie normale… Vraiment ?

7 juin 2021

DanieleHenkel.tv

Dr Nicolas Chevrier
Psychologie du travail

 

On y est presque, le déconfinement tant attendu est à nos portes. Le retour à la normale avec le bureau, les collègues, les transports, la garderie, la circulation. Cette reprise n’est pas nécessairement vue d’un bon œil par tous. Il faut l’avouer, pour certains d’entre nous, revenir à cette vie d’avant est l’équivalent de retirer des pantoufles bien chaudes pour aller affronter le froid de janvier.

Lorsque le confinement nous a obligés à modifier nos habitudes de vie, la plupart d’entre nous ont ressenti un stress important. Mais ces changements étaient accompagnés d’avantages secondaires auxquels nous nous sommes habitués ; dîner tranquillement avec son amoureux(se), profiter d’une heure de sommeil de plus, circuler en voiture en toute quiétude, aller courir à l’heure du midi entre deux rencontres, etc. Bien sûr, il n’y avait pas que des avantages, mais ces bénéfices secondaires sont devenus très importants pour une partie de la population. Ce sera donc un premier défi, pour plusieurs d’entre nous, de laisser aller ces nouvelles habitudes douillettes pour revenir à nos anciens modes de fonctionnement.

Et ce défi se fera dans un contexte d’épuisement psychologique. On nous demande de nous adapter depuis plus de 16 mois. Pour certains, des symptômes de fatigue psychologique se sont accumulés et plusieurs sont maintenant en situation de fragilité. Bref, on n’est pas au « top » de notre forme mentale en ce moment !

Reprise des interactions sociales

Une situation normale et prévisible selon les chercheurs et praticiens en psychologie du travail*. Le confinement a poussé plusieurs d’entre nous à s’ajuster rapidement à une situation complètement nouvelle. Une adaptation qui impliquait une réduction drastique et soudaine du nombre d’interactions sociales. Or, nous ne sommes pas tous égaux dans nos relations avec les autres.

DanieleHenkel.tv

Les travailleurs plus introvertis auront beaucoup plus de difficultés avec un retour à la normale. Les personnalités introverties sont celles qui dépensent beaucoup plus d’énergie psychologique dans leurs interactions sociales. Pour elles, saluer les autres, discuter autour de la machine à café, décoder le non verbal lors d’une rencontre en face à face, sont des tâches exigeantes. À l’opposé du spectre, les personnalités extraverties se nourrissent d’interactions sociales pour renflouer leurs réserves d’énergie psychologique.  On comprend que ce sont ces derniers qui auront le plus souffert du confinement et qui auront vécu les périodes de stress les plus importantes.

DanieleHenkel.tv

La reprise des interactions sociales dans le contexte du travail peut donc avoir un impact important sur la productivité d’un employé. Aussi, il importe de garder ce fait en tête lors de la planification du retour. Un retour graduel, dans lequel on tient compte des besoins et des limites des employés, sera important. Voyons-le comme un retour progressif après un arrêt de travail pour épuisement. Pour certaines personnes, ce sera vécu exactement de cette façon.

Les premières semaines nécessiteront un temps d’adaptation qui aura certainement un impact sur la productivité, mais qui permettra un retour au bureau harmonieux.

Quatre approches facilitatrices

Gardons donc en tête ces quelques principes de base afin d’aider notre force de travail à se réadapter progressivement et efficacement à ce déconfinement.

Bien cerner les besoins et tenter de s’y adapter afin de permettre un retour au travail harmonieux. Chaque employé a une situation particulière (familiale, amoureuse, etc.) et des besoins particuliers (interactions sociales, plages sans dérangement, etc).
Accepter que le retour se fasse de façon progressive, et donc que la performance soit également de retour graduellement.
Garder l’œil ouvert pour les symptômes d’épuisement et de stress aigu chez vos employés/collègues. Le retour à la normale demande une grande adaptation et certains sont très à risques après 16 mois d’adaptation.
Annoncer des mesures pour les travailleurs qui ont apprécié les bénéfices secondaires, que ce soit la possibilité de faire quelques jours de télétravail par semaine ou un encadrement des heures de réunions au bureau. Ces mesures, qui nécessitent simplement un ajustement logistique, participent grandement à la santé psychologique de l’individu.

DanieleHenkel.tv
* Kniffin, Kevin M. & all (2021) COVID-19 and the workplace : Implications, Issues and Insights for Future Research and Action, American Psychologist, 76-1, p. 63-77.

À propos de l'auteur(e)

Nicolas Chevrier

À propos de Nicolas Chevrier

Psychologue

Le Dr Nicolas Chevrier, psychologue, est titulaire d’une maîtrise en psychologie clinique et d’un doctorat en psychologie du travail et des organisations dans lequel il s’est intéressé aux impacts des facteurs organisationnels sur le développement de l’épuisement professionnel chez les travailleurs.