Rocky Mountain: faire rayonner une industrie par l’innovation et l’ingénierie

17 août 2021

La pandémie aura profité à l’industrie du vélo, au grand bonheur de ses adeptes, distributeurs et fabricants ; depuis 2020, l’engouement est sans commune mesure avec les années précédentes. Raymond Dutil, président de Rocky Mountain, une légende dans le monde du vélo de montagne, célèbre ses 40 ans dans ce moment charnière avec la ferme intention de rester au top. Entretien avec l’industriel qui à coups d’innovation et de brillante ingénierie veut devenir à la fois le géant du vélo et de la motorisation.

L’appel de la descente, les sentiers rocailleux, le vent et la boue dans les cheveux : « love the ride ». C’est le slogan de Rocky Mountain. Si les cyclistes de cette écurie sortent médaillés des Séries mondiales et des Jeux olympiques depuis trente ans, les dirigeants innovent sans cesse pour s’assurer de rester au top. Rocky Mountain a été pionnière du free ride et elle l’est encore aujourd’hui avec son premier vélo de montagne électrique de haute performance dont elle a elle-même conçu le moteur. La recherche et développement est le fer de lance de Raymond Dutil.

Choisir sa niche et tout miser sur son créneau

« Choisir Rocky Mountain a été ma plus difficile et ma plus grande décision », confie dans un soupir heureux M. Dutil. Le propriétaire actuel a acheté l’entreprise mythique de Vancouver en 1997 pour en faire une division de la sienne, ProCycle, qu’il détenait depuis 1977 avec son père et d’autres associés. « On a fabriqué plus de huit millions de vélos dans notre usine à Saint-Georges de Beauce, se souvient-il. Jusqu’en 2008, ça a été la folie, on en importait aussi, on voulait offrir le choix le plus large possible et on vendait plusieurs autres marques comme Miele, Vélosport et Oryx, à la fois dans des réseaux de magasins spécialisés et des grandes chaînes. C’était la guerre des prix. Puis, j’ai fait le saut et abandonné toutes les marques pour me concentrer uniquement sur le haut de gamme légendaire qu’est Rocky Mountain ».

DanieleHenkel.tv
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Les vélos de la marque sont conçus, fabriqués et testés sur les pentes et terrains bruts du North Shore, « vu dans le monde entier comme la Mecque du vélo », assure M. Dutil. Leur nom se passe de présentation en Europe depuis les années 1980 : d’abord l’Allemagne, puis les passionnés qui sillonnent les Alpes en Suisse, en Italie et en France ont été conquis, avant même le Québec. De plus en plus de médailles ont été gagnées avec cette écurie venue de la côte Ouest. La première Coupe du Monde pour le Canada est remportée sur un Rocky Mountain, et s’en sont suivis plusieurs autres à l’international.

Rocky Mountain a toujours eu un souci de qualité et de performance depuis le départ. Sa notoriété a participé à son succès. Elle est aussi la seule à être restée autonome et authentique : « Les autres marques avaient toutes été rachetées, les Gary Fischer et autres de ce monde », rappelle M. Dutil. La décision d’abandonner les magasins à chaîne et de choisir un seul cheval de course n’a pas été simple pour autant.

« Réorienter la compagnie a été dur à court terme et coûteux, avoue M. Dutil. On perdait de l’argent, mais je refusais de baisser le budget en recherche et développement. C’est ce qui nous a sauvés et qui nous a permis de concevoir les vélos les plus performants. On peut en être fier, ça a été la bonne décision ». Aujourd’hui, il y a autant de ventes au Canada qu’à l’international, soit 37% à parts égales, et un quart vers les États-Unis.

« Je ne veux pas être le plus gros. Je veux être le meilleur. Je veux être une Porsche, pas une Volkswagen ».

L’innovation, au cœur du succès de Rocky Mountain

Le PDG tenait à conserver le bureau de recherche et développement (R&D) à Vancouver où se font également les prototypes et designs de cadres. « C’est comme pour l’industrie automobile, il y a des gammes annuelles, en fonction de la cosmétique et des modes, révèle M. Dutil. On a déjà vendu les modèles 2022, même s’ils ne sont pas encore livrés. On est en train de vendre les 2023 et de concevoir les 2024. La pandémie a accéléré la demande ».

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Photo: Brian Park
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Le stress logistique est actuellement à son comble en terme de gestion de l’approvisionnement. Au Canada, il n’y a plus de fabricants; la grappe industrielle du vélo est en Asie et le contrôle de la qualité se fait à distance. « On envoie notre robot baptisé RM-B2 dans l’usine de Taiwan. On le dirige d’ici, on voit ce qui se passe, on peut parler aux assembleurs ». La différence réside dans la conception et la géométrie du cadre du vélo qui, un peu comme une carrosserie, est revisitée tous les trois ans. « C’est demandant en terme de cycle du produit, car c’est très technique, indique celui qui a étudié en génie mécanique. L’intelligence est de bien choisir les composantes ».

Au siège social de Beauce se fait maintenant la R&D pour tout ce qui est électrique, car Rocky Mountain crée aujourd’hui ses propres moteurs électriques, un élément stratégique prépondérant. « Il y a 15 ans, on était en avance sur notre temps avec notre projet de vélo de ville électrique, admet M. Dutil avant d’ajouter fièrement : « Aujourd’hui, on est avec Tesla dans la course à l’achat de cellules pour des batteries performantes et légères ». Rocky Mountain a lancé en 2017 son premier vélo de montagne électrique en Europe, un marché avancé en terme de pénétration du produit. Le DyanMe 3.0 a été reconnu comme le meilleur en France. « Développer le moteur a coûté dix millions de dollars et a pris dix ans de recherche, raconte l’entrepreneur, satisfait d’avoir cru en son projet avant-gardiste. On est fier de pouvoir dire qu’on contrôle entièrement la programmation du logiciel, et d’être le seul à le faire ».

Une réussite dont le propriétaire est fier, et qu’il voue avant tout à son équipe d’ingénieurs et de chercheurs,

mais aussi à la femme à la tête de son entreprise, Katy Bond, une rider passionnée,

« bientôt la seule femme dirigeante de la plus grande compagnie de vélos au Québec », aux dires de M. Dutil…

À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de DanieleHenkel.tv en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.