Seuls (et stressés!) au sommet

20 février 2019

Les mythes concernant la détresse psychologique ont souvent bonne presse. Je profite de cette première chronique pour en illustrer un premier ; les patrons ne souffrent jamais de détresse psychologique, encore moins d’épuisement professionnel, car ils peuvent prendre toutes les décisions pour éviter les situations stressantes.

Combien de fois ai-je entendu ce mythe ? Pas seulement lors de conférences dans des organisations, mais également de la bouche même des dirigeants d’entreprise qui échouent dans mon fauteuil… Si c’est moi le patron, je devrais être capable d’éviter de m’épuiser, non ?

En fait, la recherche en psychologie du travail a clairement prouvé le contraire; plus on monte dans la hiérarchie d’une entreprise, plus les risques d’épuisement professionnel sont grands!

C’est souvent une des premières choses que j’aborde avec un entrepreneur qui me consulte pour un épuisement professionnel (communément appelé burnout). Cette condition se développe quand on est exposé à du stress chronique. Or s’il y a une chose que l’on connaît bien comme entrepreneur, c’est le stress. C’est donc très important d’en reconnaître les sources dans l’organisation (avis aux intéressés, ce sera le sujet de ma prochaine chronique!) et de développer des compétences pour y faire face.

Un entrepreneur ou un dirigeant, c’est habituellement celui qui est en haut de la pyramide, celui qui est le dernier responsable en cas d’urgence. C’est encore plus vrai lorsqu’on est propriétaire de l’entreprise. On comprend donc que dans cette position, il soit celui qui vit le plus de stress.

Danièle Henkel TV

Quelques autres facteurs de risque expliquent bien pourquoi les hauts dirigeants sont plus exposés ; lorsque l’entreprise traverse une période d’incertitude, c’est la direction qui doit prendre les décisions qui s’imposent afin d’assurer la pérennité de l’organisation. L’incertitude est souvent synonyme de stress, et si celle-ci devient chronique, le stress le deviendra également.

La force du réseau

On entend souvent l’adage « It is lonely at the top », ce que la recherche confirme. Ces gestionnaires se sentent souvent isolés socialement. Ils ont des heures de travail importantes, et leur réseau peut s’effriter après plusieurs années de travail intensif. Or, le support social est un outil important de gestion du stress.

Bien sûr le soutien des proches est important, mais celui des pairs l’est tout autant. Si vous souffrez de solitude, contactez un collègue entrepreneur, échangez sur vos défis, sur les solutions développées par chacun. Que ce soit en mode, discussion de groupe, mentorat ou avec d’autres entrepreneurs, ces interactions peuvent permettre de vous sortir de l’isolement.

Je + entreprise

De même, après avoir travaillé plusieurs années pour développer leur projet d’affaires, les dirigeants courent le risque de voir leur identité fusionner avec celle de l’organisation. L’entreprise n’est donc plus quelque chose que l’on a créé, mais bien une partie de nous. Il devient alors difficile de gérer les pressions de la part des investisseurs, des marchés, des employés sans ressentir directement l’impact sur notre personne, et parfois même directement sur notre estime de soi.

Une bonne stratégie c’est de s’assurer que l’on développe notre vie personnelle de façon indépendante à notre emploi. De cette façon, on peut profiter de ses moments durant un match de water-polo, au volant d’un planeur ou comme coach d’une équipe de baseball pour développer une identité indépendante de celle de son travail. Une identité différente, complémentaire, qui nous nourrit autrement.

L’entrepreneuriat est un sport extrême et s’entraîner à bien gérer sa santé mentale est aussi important que de faire la vérification du pliage de sa voilure avant un saut en parachute. Qu’on se le tienne pour dit!

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À propos de l'auteur(e)

Nicolas Chevrier

À propos de Nicolas Chevrier

Le Dr Nicolas Chevrier, psychologue, est titulaire d’une maîtrise en psychologie clinique et d’un doctorat en psychologie du travail et des organisations dans lequel il s’est intéressé aux impacts des facteurs organisationnels sur le développement de l’épuisement professionnel chez les travailleurs.